Critical texts



FRA——  
[…] Dernier pouvoir artistique de l’eau, son fréquent mouvement : celui que crée l’effet du vent sur l’onde (la vague) ou son contact avec la limite non-aqueuse (le ressac). En rendre compte est le parti que prend Marine Wallon avec Cordoama (2022), montrer comment une plage, avant d’être un paysage figé dans ses constituantes géologiques et géographiques, est un site animé.

Un bord de mer ? C’est-là bien plus, en effet, qu’un espace topographique ー une cristallisation de formes, plutôt. Se côtoient, le long de l’estran, le liquide de l’eau, le solide de la terre et l’impact de la lumière sans compter, au-delà de l’image, bruit, odeurs et souffle de l’air. Toute vue d’un bord de mer, mobile dès que l’air se secoue, et bientôt entêtante, est attractive. Ce potentiel d’attraction donnera naissance, entre autres représentations, aux fameuses Vagues roulantes d’un Gustave Courbet, témoignage de “la mer, la mer sans cesse recommencée (Paul Valéry 1) dont le cycle vient buter sur la grève. Le tableau Cordoama, huile sur toile en vue aérienne que Marine Wallon consacre à la plage sablonneuse de Cordoama, au Portugal, connue pour ses rouleaux appréciés des surfeurs, son écume abondante et son arrière-côte rocheuse, naît d’une même attraction pour le mouvement des vagues. À coups de brosses rapides, l’artiste y juxtapose les éléments concurrents de ce bord d’Atlantique saisi pour l’occasion sous une lumière blanche, furieux côté liquide et sage et reposé côté terre. Composition semi-abstraite que celle-ci, des plus pertinentes au sens où recourir au trait précis sans faire vibrer ce trait aurait eu ces effets, figer la vue et réduire à néant (ce néant de l’immobilité) ce que ce site possède de forces en action (le roulis incessant des vagues) en sus de sa configuration géographique solide (le sable de la plage, les falaises rocheuses surplombant le bord de mer).

Paul Ardenne

(extrait du texte Marines et chutes d’eau,
catalogue Le Sentiment de la Nature.
L’art contemporain au miroir de Nicolas Poussin, 2026)
Nouveau Musée National de Monaco
Humboldt Books

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1 Paul Valéry, “Le Cimetière marin” (1920), in Œuvres de Paul Valéry, Paris, Éditions de la N.R.F, vol.3, 1933, p.157-163.

ENG——  
[…] The final artistic power of water is its frequent movement : that created by the effect of the wind on the waves or its contact with the non-aqueous boundary (backwash). Marine Wallon’s Cordoama (2022) sets out to show how a beach, before being a landscape frozen in its geological and geographical components, is a living site.

A seafront ? It is much more than a topographical space ー it is a crystallisation of forms. Among the foreshore, the liquid of the water, the solid of the earth and the impact of light coexist, not to mention, beyond the image, the noise, smells and the breath of the air. Any view of the seaside, shifting as soon as the air moves and soon becoming mesmerising, is attractive. This potential for attraction gave rise, among other representations, to Gustave Courbet’s famous rolling Waves, a testimony to “the sea, the sea endlessly renewed,” 2 whose cycle crashes against the shore. The painting Cordoama, an aerial view in oil on canvas that Marine Wallon dedicated to the sandy beach of Cordoama in Portugal, known for its rollers popular with surfers, is abundant foam and its rocky inner shore, was born out of this same attraction to the movement of the waves. With rapid brushstrokes, the artist juxtaposes the competing elements of this Atlantic coastline, captured for the occasion in white light, with its furious liquid side and calm, peaceful landward side. This is a semi-abstract composition, highly judicious in the sense that using precise lines without making them vibrate would have had the effect of freezing the visible and reducing to nothing (the nothingness of immobility) the forces at work in this site (the incessant rolling of the waves) in addition to its solid geographical configuration (the sand on the beach, the rocky cliffs overlooking the sea).

Paul Ardenne

(from Marines et chutes d’eau,
catalogue Le Sentiment de la Nature.
L’art contemporain au miroir de Nicolas Poussin, 2026)
Nouveau Musée National de Monaco
Humboldt Books

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2 Paul Valéry, Le Cimetière marin (1920), Paris: Éditions de la N.R.F., vol.3, 1933, pp.157-163.